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enfance, parentalité, psychologie

Les enfants aussi ont un jardin secret. Il est important pour un enfant, quel que soit son âge, d’avoir un jardin secret, car cela lui permet de se construire. « Le secret, c’est ce qui leur permet de développer leur monde intime, de se détacher de leurs parents et, surtout, de se faire des amis! »

Par FLORENCE DEGUEN, leparisien.fr le 11/04/2012

On les rêve transparents, francs, innocents. En réalité, ils nous embobinent, inventent, dissimulent… « Et c’est ce qui leur permet de se construire », sourit Dana Castro, psychologue clinicienne, qui vient de publier un livre passionnant consacré aux secrets des enfants. « Le secret, c’est ce qui leur permet de développer leur monde intime, de se détacher de leurs parents et, surtout, de se faire des amis! » A chaque âge ses particularités.

Avant 4 ans, un secret, ça n’existe pas vraiment

Les enfants croient que les parents sont omniscients, qu’ils ont les mêmes pensées qu’eux. Puis les « chuuuttt faut pas le dire » du cousin ou du grand frère commencent à faire sens… Alors même si jusqu’à 8 ans ils pensent qu’ils doivent tout raconter aux parents, les secrets font irruption dans leur existence. « Même un caillou auquel on attribue des pouvoirs peut être un secret constructeur », explique la psy. Certains secrets sont des exutoires, des choses qu’on pense et qu’on ne dit pas comme « je la déteste! » D’autres servent à préparer de belles surprises (le collier pour la Fête des mères…). L’enfant peut aussi occulter des épisodes qui lui ont fait honte (un pyjama mouillé au réveil, qu’on retrouve roulé en boule dans un coin). Et puis à partir de 7 ans, le secret, c’est le ciment de l’amitié. « T’es ma meilleure copine, je vais te dire un secret ».


Il est important pour un enfant, quel que soit son âge,
d’avoir un jardin secret, car cela lui permet de se construire.
« Le secret, c’est ce qui leur permet de développer leur monde intime, de se détacher de leurs parents et,
surtout, de se faire des amis! » explique la psychologue.
( (LP/Aurélie Audureau.) )

Le mensonge, le vrai apparaît… dès 5 ans

N’en déplaise aux parents crédules et droits dans leurs bottes qui se figurent leurs enfants comme incapables de mentir, le bobard peut surgir très tôt. Dès que les petits ont conscience de la notion de secret, ils peuvent être amenés à le protéger… par un mensonge. Pour éviter d’être puni parce que le vase préféré de Mamie est en morceaux, ne pas décevoir maman qui répète partout qu’on est « si sage », pour protéger le copain qui risque une punition… Dès 5 ans, un enfant peut délibérément travestir la réalité, même s’il le fait de manière souvent si maladroite qu’on le démasque (pour son plus grand soulagement).

Vers 6-8 ans, ça s’affine. « Ils ont compris que les parents n’ont pas toujours raison. Alors, si on leur ment, ils nous mentent aussi », explique Dana Castro. La conscience de soi émerge mais, surtout, les copains deviennent essentiels et une étape cruciale est franchie : pour préserver l’amitié entre pairs, on ment aux adultes, c’est de bonne guerre. A 10-11 ans, les mensonges peuvent être très élaborés. Et à partir de 12 ans, avec l’adolescence, ils deviennent constitutifs de cet âge et souvent transgressifs.

La plupart du temps, c’est sain!

Pour la psy, chercher à percer tous les secrets de son enfant revient à voler et lire à haute voix son journal intime. C’est le fragiliser et, paradoxalement, lui ôter la confiance qu’il est en train de construire en lui-même. « Le secret a beaucoup de vertus, poursuit-elle. Rêver, se mettre en valeur, s’encourager, démythifier le pouvoir des parents, se venger des injustices et obtenir la confiance d’un ami. C’est une histoire très sérieuse pour les enfants. A 6 ans, ils savent qu’il peut être dangereux de confier un secret. Et ils sont fiers de le préserver. » Alors, bien sûr, parfois un secret est trop lourd à porter… Mais en général ces secrets-là sont souvent l’objet d’actes manqués : l’enfant se transforme en Pinocchio et se débrouille pour que ça se voit comme le nez au milieu de la figure.

Comment réagir quand il vous ment?
On a parfaitement le droit, et très tôt, d’expliquer à un enfant qu’on n’aime pas les mensonges et qu’on souhaite qu’ils nous disent les choses avec franchise… Mais, d’une manière générale, il ne faut pas en faire un monde quand on découvre un mensonge.

« Il faut commencer par accepter qu’on ne s’en soit pas rendu compte tout de suite, explique Dana Castro. Souvent, le mensonge s’alourdit avec le temps et on n’en perçoit les signes que lorsqu’il commence à peser à l’enfant, à lui faire mal, à avoir des conséquences. » Bien sûr, il est normal d’éprouver un pincement au cœur à l’idée de s’être fait rouler dans la farine.

Privilégier le dialogue

« Mais il faut essayer de prendre sur soi pour ne pas en faire un drame et réagir de manière trop violente ou blessante. Parce que c’est le plus sûr moyen d’entraîner d’autres mensonges. Pour éviter d’être humilié, l’enfant en dira encore moins la fois suivante. » Il faut donc privilégier le dialogue, chercher la raison du mensonge, parfois moins évidente qu’il n’y paraît (la cigarette avouée par Léa, fumée avec Léo devant le collège, c’est parfois le signe d’un début d’amourette…), s’en tenir aux faits (fumer, c’est dangereux) et tenter de passer l’éponge avec ce message : « J’ai de la peine que tu me mentes, mais c’est parce que je t’aime et que je m’inquiète pour toi. »

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