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parentalité, psychologie

Enfants : les éveiller sans les gaver

Patrick Delaroche, pédopsychiatre et psychanalyste :  »Le grand problème, c’est l’anxiété des parents par rapport à la scolarité et à l’avenir de leurs enfants, qu’inconsciemment, ils leur transmettent. Et ils obtiennent exactement le contraire de ce qu’ils souhaitent. »

Il te plaît celui-là ? » Dans un musée, plantée devant une peinture abstraite, une jeune femme tire sa fille de 5 ans par la manche. Traînant les pieds, la gamine s’échappe. Sa mère la rattrape et lui propose une autre oeuvre. Peut-être cette fois sera la bonne… La petite cavale à l’autre bout de la pièce. Agacée, sa mère lui fait gentiment la leçon. ‘Quand on est dans un musée, on regarde les tableaux, car après on peut mieux dessiner.’

De bonne grâce, l’enfant s’arrête devant une tache d’encre. ‘Et là qu’est-ce que tu vois ?’ ‘Un caca’, répond l’enfant excédée.

Comme cette jeune mère, beaucoup de parents, persuadés de bien faire en voulant donner toutes les chances à leurs enfants dès leur plus jeune âge, en font trop. Cours de danse, de langue, de piano, entraînement de foot, ateliers d’éveil : les enfants se retrouvent avec des emplois du temps de ministre. La chasse au ‘temps mort’ semble devenue une obsession des parents modernes. Même les conversations prennent le tour de cours déguisés, de révisions, voire d’interrogations : « Tu te souviens, on l’avait vu dans le livre la dernière fois… Alors il est arrivé quand en Amérique Christophe Colomb ?’

Trop c’est trop, s’énerve Patrick Delaroche, pédopsychiatre et psychanalyste : ‘Le grand problème, c’est l’anxiété des parents par rapport à la scolarité et à l’avenir de leurs enfants, qu’inconsciemment, ils leur transmettent. Et ils obtiennent exactement le contraire de ce qu’ils souhaitent. Les enfants sont comme des chaudières : si vous mettez du charbon au fur et à mesure de la combustion, ça chauffe bien ; si vous en jetez trop d’un coup, vous étouffez la flamme.’

LEUR AUTORISER L’AVENTURE

L’enfant est par nature curieux. Dès sa naissance, il est demandeur. Sa quête de comprendre ce qui l’entoure pour pouvoir se l’approprier est insatiable. ‘Pour entretenir son avidité, sa faculté innée d’être étonné, le bébé doit être stimulé, explique la psychologue clinicienne et psychanalyste Etty Buzyn. Il a autant besoin de paroles, d’échanges et de jeux que de tendresse et de nourriture.’

Les parents doivent lui donner l’autorisation de s’aventurer pour qu’il découvre seul des plaisirs autres que la satisfaction de ses besoins immédiats. ‘Leurs expériences, souvent très simples, sont décisives, explique Christine Brunet, psychologue clinicienne et psychothérapeute. S’il tente de monter sur un lit superposé, il n’est pas forcément en danger, il apprend. Quand il veut jouer avec des boîtes en plastique dans l’évier ou participer à la cuisine en tripotant les légumes sur la table, c’est parce qu’il est en pleine exploration.’

Chaque découverte est gratifiante pour un enfant, celle d’un ver de terre, d’un écureuil dans un arbre, d’un paysage. Il y prend du plaisir et veut donc recommencer. Le rôle des parents est d’accompagner ce grand découvreur en aiguillant son regard. Lorsqu’on anticipe ce qu’il est capable de trouver par lui-même, on le frustre. Et on l’encourage à la passivité.

Il est déconseillé par exemple d’offrir un jouet pour les plus de 5 ans à un enfant de 4 ans, pour ‘le tirer vers le haut’. Pour Christine Brunet, c’est même dangereux. ‘On brouille tous ses repères. Il aura l’impression de ne pas réussir ce qui lui est demandé. Ce qui renforcera sa crainte de l’échec plutôt que de lui donner envie de jouer. Les âges mentionnés sur les cartons d’emballage sont le résultat d’études, il faut les respecter. Un enfant a besoin d’être sécurisé pour avoir envie d’acquérir de nouvelles connaissances et pour aller vers les autres.’

DOSER LES PROPOSITIONS

Les emmener au musée, au concert ou à des expos, est-ce vraiment la bonne idée ? ‘Oui, parce que l’enfant prend toujours dans son environnement ce qui lui ressemble, soutient Etty Buzyn. Mais à condition que les propositions qu’on lui fait soient nuancées.’

Il faut donc que ce ne soit pas une obligation ni une corvée. Ni pour lui, ni pour nous. Inutile de lui imposer l’intégralité de l’exposition quand deux ou trois tableaux peuvent suffire à son bonheur. ‘Lorsque l’intérêt du parent pour l’activité est sincère, ajoute Patrick Delaroche, l’enfant voudra l’imiter.’

Inutile donc de s’attendre à voir ses yeux s’illuminer si on l’a traîné au Louvre alors qu’il voulait aller au manège ou si l’on s’y rend soi-même par obligation.

Inutile de s’attendre à voir ses yeux s’illuminer si on l’a traîné au musée alors qu’il voulait aller au manège ou si l’on s’y rend soi-même par obligation.

Par independant.fr le 11/09/2011
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